>>> YOU ARE VIEWING A 200 LINE SAMPLE OF EBOOK# E06079 <<< TITLE: UNE PAGE D'AMOUR AUTHOR: EMILE ZOLA EBOOK: E06079 (O'Briens Book Cellar) LANGUAGE: FRENCH LES ROUGON-MACQUART HISTOIRE NATURELLE ET SOCIALE D'UNE FAMILLE SOUS LE SECOND EMPIRE UNE PAGE D'AMOUR EMILE ZOLA NOTE Je me decide a joindre a ce volume l'arbre genealogique des Rougon-Macquart. Deux raisons me determinent. La premiere est que beaucoup de personnes m'ont demande cet arbre. Il doit, en effet, aider les lecteurs a se retrouver, parmi les membres assez nombreux de la famille dont je me suis fait l'historien. La seconde raison est plus compliquee. Je regrette de n'avoir pas publie l'arbre dans le premier volume de la serie, pour montrer tout de suite l'ensemble de mon plan. Si je tardais encore, on finirait par m'accuser de l'avoir fabrique apres coup. Il est grand temps d'etablir qu'il a ete dresse tel qu'il est en 1868, avant que j'eusse ecrit une seule ligne; et cela ressort clairement de la lecture du premier episode, la Fortune des Rougon, ou je ne pouvais poser les origines de la famille, sans arreter avant tout la filiation et les ages. La difficulte etait d'autant plus grande, que je mettais face a face quatre generations, et que mes personnages s'agitaient dans une periode de dix-huit annees seulement. La publication de ce document sera ma reponse a ceux qui m'ont accuse de courir apres l'actualite et le scandale. Depuis 1868, je remplis le cadre que je me suis impose, l'arbre genealogique en marque pour moi les grandes lignes, sans me permettre d'aller ni a droite ni a gauche. Je dois le suivre strictement, il est en meme temps ma force et mon regulateur. Les conclusions sont toutes pretes. Voila ce que j'ai voulu et voila ce que j'accomplis. Il me reste a declarer que les circonstances seules m'ont fait publier l'arbre avec _Une page d'amour_, cette oeuvre intime et de demi-teinte. Il devait seulement etre joint au dernier volume. Huit ont paru, douze sont encore sur le chantier; c'est pourquoi la patience m'a manque. Plus tard, je le reporterai en tete de ce dernier volume, ou il fera corps avec l'action. Dans ma pensee, il est le resultat des observations de Pascal Rougon, un medecin, membre de la famille, qui conduira le roman final, conclusion scientifique de tout l'ouvrage. Le docteur Pascal l'eclairera alors de ses analyses de savant, le completera par des renseignements precis que j'ai du enlever, pour ne pas deflorer les episodes futurs. Le role naturel et social de chaque membre sera definitivement regle, et les commentaires enleveront aux mots techniques ce qu'ils ont de barbare. D'ailleurs, les lecteurs peuvent deja faire une bonne partie de ce travail. Sans indiquer ici tous les livres de physiologie que j'ai consultes, je citerai seulement l'ouvrage du docteur Lucas: _l'Heredite naturelle_, ou les curieux pourront aller chercher des explications sur le systeme physiologique qui m'a servi a etablir l'arbre genealogique des Rougon-Macquart. Aujourd'hui, j'ai simplement le desir de prouver que les romans publies par moi depuis bientot neuf ans, dependent d'un vaste ensemble, dont le plan a ete arrete d'un coup et a l'avance, et que l'on doit par consequent, tout en jugeant chaque roman a part, tenir compte de la place harmonique qu'il occupe dans cet ensemble. On se prononcera des lors sur mon oeuvre plus justement et plus largement. EMILE ZOLA. Paris, 2 avril 1878. [Illustration: ARBRE GENEALOGIQUE] UNE PAGE D'AMOUR PREMIERE PARTIE I La veilleuse, dans un cornet bleuatre, brulait sur la cheminee, derriere un livre, dont l'ombre noyait toute une moitie de la chambre. C'etait une calme lueur qui coupait le gueridon et la chaise longue, baignait les gros plis des rideaux de velours, azurait la glace de l'armoire de palissandre, placee entre les deux fenetres. L'harmonie bourgeoise de la piece, ce bleu des tentures, des meubles et du tapis, prenait a cette heure nocturne une douceur vague de nuee. Et, en face des fenetres, du cote de l'ombre, le lit, egalement tendu de velours, faisait une masse noire, eclairee seulement de la paleur des draps. Helene, les mains croisees, dans sa tranquille attitude de mere et de veuve, avait un leger souffle. Au milieu du silence, la pendule sonna une heure. Les bruits du quartier etaient morts. Sur ces hauteurs du Trocadero, Paris envoyait seul son lointain ronflement. Le petit souffle d'Helene etait si doux, qu'il ne soulevait pas la ligne chaste de sa gorge. Elle sommeillait d'un beau sommeil, paisible et fort, avec son profil correct et ses cheveux chatains puissamment noues, la tete penchee, comme si elle se fut assoupie en ecoutant. Au fond de la piece, la porte d'un cabinet grande ouverte trouait le mur d'un carre de tenebres. Mais pas un bruit ne montait. La demie sonna. Le balancier avait un battement affaibli, dans cette force du sommeil qui aneantissait la chambre entiere. La veilleuse dormait, les meubles dormaient; sur le gueridon, pres d'une lampe eteinte, un ouvrage de femme dormait. Helene, endormie, gardait son air grave et bon. Quand deux heures sonnerent, cette paix fut troublee, un soupir sortit des tenebres du cabinet. Puis, il y eut un froissement de linge, et le silence recommenca. Maintenant, une haleine oppressee s'entendait. Helene n'avait pas bouge. Mais, brusquement, elle se souleva. Un balbutiement confus d'enfant qui souffre venait de la reveiller. Elle portait les mains a ses tempes, encore ensommeillee, lorsqu'un cri sourd la fit sauter sur le tapis. --Jeanne!... Jeanne!... qu'as-tu? reponds-moi! demanda-t-elle. Et, comme l'enfant se taisait, elle murmura, tout en courant prendre la veilleuse: --Mon Dieu! elle n'etait pas bien, je n'aurais pas du me coucher. Elle entra vivement dans la piece voisine ou un lourd silence s'etait fait. Mais la veilleuse, noyee d'huile, avait une tremblante clarte qui envoyait seulement au plafond une tache ronde. Helene, penchee sur le lit de fer, ne put rien distinguer d'abord. Puis, dans la lueur bleuatre, au milieu des draps rejetes, elle apercut Jeanne raidie, la tete renversee, les muscles du cou rigides et durs. Une contraction defigurait le pauvre et adorable visage; les yeux etaient ouverts, fixes sur la fleche des rideaux. --Mon Dieu! mon Dieu! cria-t-elle, mon Dieu! elle se meurt! Et, posant la veilleuse, elle tata sa fille de ses mains tremblantes. Elle ne put trouver le pouls. Le coeur semblait s'arreter. Les petits bras, les petites jambes se tendaient violemment. Alors, elle devint folle, s'epouvantant, begayant: --Mon enfant se meurt! Au secours!... Mon enfant! mon enfant! Elle revint dans la chambre, tournant et se cognant, sans savoir ou elle allait; puis, elle rentra dans le cabinet et se jeta de nouveau devant le lit, appelant toujours au secours. Elle avait pris Jeanne entre ses bras, elle lui baisait les cheveux, promenait les mains sur son corps, en la suppliant de repondre. Un mot, un seul mot. Ou avait- elle mal? Desirait-elle un peu de la potion de l'autre jour? Peut-etre l'air l'aurait-il ranimee? Et elle s'entetait a vouloir l'entendre parler. --Dis-moi, Jeanne, oh! dis-moi, je t'en prie! Mon Dieu! et ne savoir que faire! Comme ca, brusquement, dans la nuit. Pas meme de lumiere. Ses idees se brouillaient. Elle continuait de causer a sa fille, l'interrogeant et repondant pour elle. C'etait dans l'estomac que ca la tenait; non, dans la gorge. Ce ne serait rien. Il fallait du calme. Et elle faisait un effort pour avoir elle-meme toute sa tete. Mais la sensation de sa fille raide entre ses bras lui soulevait les entrailles. Elle la regardait, convulsee et sans souffle; elle tachait de raisonner, de resister au besoin de crier. Tout a coup, malgre elle, elle cria. Elle traversa la salle a manger et la cuisine, appelant: --Rosalie! Rosalie!... Vite, un medecin!... Mon enfant se meurt! La bonne, qui couchait dans une petite piece derriere la cuisine, poussa des exclamations. Helene etait revenue en courant. Elle pietinait en chemise, sans paraitre sentir le froid de cette glaciale nuit de fevrier. Cette bonne laisserait donc mourir son enfant! Une minute s'etait a peine ecoulee. Elle retourna dans la cuisine, rentra dans la chambre. Et, rudement, a tatons, elle passa une jupe, jeta un chale sur ses epaules. Elle renversait les meubles, emplissait de la violence de son desespoir cette chambre ou dormait une paix si recueillie. Puis, chaussee de pantoufles, laissant les portes ouvertes, elle descendit elle-meme les trois etages, avec cette idee qu'elle seule ramenerait un medecin. Quand la concierge eut tire le cordon, Helene se trouva dehors, les oreilles bourdonnantes, la tete perdue. Elle descendit rapidement la rue Vineuse, sonna chez le docteur Bodin, qui avait deja soigne Jeanne; une domestique, au bout d'une eternite, vint lui repondre que le docteur etait aupres d'une femme en couches. Helene resta stupide sur le trottoir. Elle ne connaissait pas d'autre docteur dans Passy. Pendant un instant, elle battit les rues, regardant les maisons. Un petit vent glace soufflait; elle marchait avec ses pantoufles dans une neige legere, tombee le soir. Et elle avait toujours devant elle sa fille, avec cette pensee d'angoisse qu'elle la tuait en ne trouvant pas tout de suite un medecin. Alors, comme elle remontait la rue Vineuse, elle se pendit a une sonnette. Elle allait toujours demander; on lui donnerait peut-etre une adresse. Elle sonna de nouveau, parce qu'on ne se hatait pas. Le vent plaquait son mince jupon sur ses jambes, et les meches de ses cheveux s'envolaient. Enfin, un domestique vint ouvrir et lui dit que le docteur Deberle etait couche. Elle avait sonne chez un docteur, le ciel ne l'abandonnait donc pas! Alors, elle poussa le domestique pour entrer. Elle repetait: --Mon enfant, mon enfant se meurt!... Dites-lui qu'il vienne. C'etait un petit hotel plein de tentures. Elle monta ainsi un etage, <<< END OF SAMPLE... (THE FULL EBOOK HAS 643650 TOTAL CHARACTERS) >>>