>>> YOU ARE VIEWING A 200 LINE SAMPLE OF EBOOK# E05532 <<< TITLE: LA CITE ANTIQUE AUTHOR: FUSTEL DE COULANGES EBOOK: E05532 (O'Briens Book Cellar) LANGUAGE: FRENCH LA CITE ANTIQUE ETUDE SUR LE CULTE, LE DROIT, LES INSTITUTIONS DE LA GRECE ET DE ROME PAR FUSTEL DE COULANGES INTRODUCTION. DE LA NECESSITE D'ETUDIER LES PLUS VIEILLES CROYANCES DES ANCIENS POUR CONNAITRE LEURS INSTITUTIONS. On se propose de montrer ici d'apres quels principes et par quelles regles la societe grecque et la societe romaine se sont gouvernees. On reunit dans la meme etude les Romains et les Grecs, parce que ces deux peuples, qui etaient deux branches d'une meme race, et qui parlaient deux idiomes issus d'une meme langue, ont eu aussi les memes institutions et les memes principes de gouvernement et ont traverse une serie de revolutions semblables. On s'attachera surtout a faire ressortir les differences radicales et essentielles qui distinguent a tout jamais ces peuples anciens des societes modernes. Notre systeme d'education, qui nous fait vivre des l'enfance au milieu des Grecs et des Romains, nous habitue a les comparer sans cesse a nous, a juger leur histoire d'apres la notre et a expliquer nos revolutions par les leurs. Ce que nous tenons d'eux et ce qu'ils nous ont legue nous fait croire qu'ils nous ressemblaient; nous avons quelque peine a les considerer comme des peuples etrangers; c'est presque toujours nous que nous voyons en eux. De la sont venues beaucoup d'erreurs. Nous ne manquons guere de nous tromper sur ces peuples anciens quand nous les regardons a travers les opinions et les faits de notre temps. Or les erreurs en cette matiere ne sont pas sans danger. L'idee que l'on s'est faite de la Grece et de Rome a souvent trouble nos generations. Pour avoir mal observe les institutions de la cite ancienne, on a imagine de les faire revivre chez nous. On s'est fait illusion sur la liberte chez les anciens, et pour cela seul la liberte chez les modernes a ete mise en peril. Nos quatre-vingts dernieres annees ont montre clairement que l'une des grandes difficultes qui s'opposent a la marche de la societe moderne, est l'habitude qu'elle a prise d'avoir toujours l'antiquite grecque et romaine devant les yeux. Pour connaitre la verite sur ces peuples anciens, il est sage de les etudier sans songer a nous, comme s'ils nous etaient tout a fait etrangers, avec le meme desinteressement et l'esprit aussi libre que nous etudierions l'Inde ancienne ou l'Arabie. Ainsi observees, la Grece et Rome se presentent a nous avec un caractere absolument inimitable. Rien dans les temps modernes ne leur ressemble. Rien dans l'avenir ne pourra leur ressembler. Nous essayerons de montrer par quelles regles ces societes etaient regies, et l'on constatera aisement que les memes regles ne peuvent plus regir l'humanite. D'ou vient cela? Pourquoi les conditions du gouvernement des hommes ne sont-elles plus les memes qu'autrefois? Les grands changements qui paraissent de temps en temps dans la constitution des societes, ne peuvent etre l'effet ni du hasard, ni de la force seule. La cause qui les produit doit etre puissante, et cette cause doit resider dans l'homme. Si les lois de l'association humaine ne sont plus les memes que dans l'antiquite, c'est qu'il y a dans l'homme quelque chose de change. Nous avons en effet une partie de notre etre qui se modifie de siecle en siecle; c'est notre intelligence. Elle est toujours en mouvement, et presque toujours en progres, et a cause d'elle, nos institutions et nos lois sont sujettes au changement. L'homme ne pense plus aujourd'hui ce qu'il pensait il y a vingt-cinq siecles, et c'est pour cela qu'il ne se gouverne plus comme il se gouvernait. L'histoire de la Grece et de Rome est un temoignage et un exemple de l'etroite relation qu'il y a toujours entre les idees de l'intelligence humaine et l'etat social d'un peuple. Regardez les institutions des anciens sans penser a leurs croyances, vous les trouvez obscures, bizarres, inexplicables. Pourquoi des patriciens et des plebeiens, des patrons et des clients, des eupatrides et des thetes, et d'ou viennent les differences natives et ineffacables que nous trouvons entre ces classes? Que signifient ces institutions lacedemoniennes qui nous paraissent si contraires a la nature? Comment expliquer ces bizarreries iniques de l'ancien droit prive: a Corinthe, a Thebes, defense de vendre sa terre; a Athenes, a Rome, inegalite dans la succession entre le frere et la soeur? Qu'est-ce que les jurisconsultes entendaient par l'_agnation_, par la _gens_? Pourquoi ces revolutions dans le droit, et ces revolutions dans la politique? Qu'etait-ce que ce patriotisme singulier qui effacait quelquefois tous les sentiments naturels? Qu'entendait-on par cette liberte dont on parlait sans cesse? Comment se fait-il que des institutions qui s'eloignent si fort de tout ce dont nous avons l'idee aujourd'hui, aient pu s'etablir et regner longtemps? Quel est le principe superieur qui leur a donne l'autorite sur l'esprit des hommes? Mais en regard de ces institutions et de ces lois, placez les croyances; les faits deviendront aussitot plus clairs, et leur explication se presentera d'elle-meme. Si, en remontant aux premiers ages de cette race, c'est-a-dire au temps ou elle fonda ses institutions, on observe l'idee qu'elle se faisait de l'etre humain, de la vie, de la mort, de la seconde existence, du principe divin, on apercoit un rapport intime entre ces opinions et les regles antiques du droit prive, entre les rites qui deriverent de ces croyances et les institutions politiques. La comparaison des croyances et des lois montre qu'une religion primitive a constitue la famille grecque et romaine, a etabli le mariage et l'autorite paternelle, a fixe les rangs de la parente, a consacre le droit de propriete et le droit d'heritage. Cette meme religion, apres avoir elargi et etendu la famille, a forme une association plus grande, la cite, et a regne en elle comme dans la famille. D'elle sont venues toutes les institutions comme tout le droit prive des anciens. C'est d'elle que la cite a tenu ses principes, ses regles, ses usages, ses magistratures. Mais avec le temps ces vieilles croyances se sont modifiees ou effacees; le droit prive et les institutions politiques se sont modifiees avec elles. Alors s'est deroulee la serie des revolutions, et les transformations sociales ont suivi regulierement les transformations de l'intelligence. Il faut donc etudier avant tout les croyances de ces peuples. Les plus vieilles sont celles qu'il nous importe le plus de connaitre. Car les institutions et les croyances que nous trouvons aux belles epoques de la Grece et de Rome, ne sont que le developpement de croyances et d'institutions anterieures; il en faut chercher les racines bien loin dans le passe. Les populations grecques et italiennes sont infiniment plus vieilles que Romulus et Homere. C'est dans une epoque plus ancienne, dans une antiquite sans date, que les croyances se sont formees et que les institutions se sont ou etablies ou preparees. Mais quel espoir y a-t-il d'arriver a la connaissance de ce passe lointain? Qui nous dira ce que pensaient les hommes, dix ou quinze siecles avant notre ere? Peut-on retrouver ce qui est si insaisissable et si fugitif, des croyances et des opinions? Nous savons ce que pensaient les Aryas de l'Orient, il y a trente-cinq siecles; nous le savons par les hymnes des Vedas, qui sont assurement fort antiques, et par les lois de Manou, ou l'on peut distinguer des passages qui sont d'une epoque extremement reculee. Mais, ou sont les hymnes des anciens Hellenes? Ils avaient, comme les Italiens, des chants antiques, de vieux livres sacres; mais de tout cela, il n'est rien parvenu jusqu'a nous. Quel souvenir peut- il nous rester de ces generations qui ne nous ont pas laisse un seul texte ecrit? Heureusement, le passe ne meurt jamais completement pour l'homme. L'homme peut bien l'oublier, mais il le garde toujours en lui. Car, tel qu'il est a chaque epoque, il est le produit et le resume de toutes les epoques anterieures. S'il descend en son ame, il peut retrouver et distinguer ces differentes epoques d'apres ce que chacune d'elles a laisse en lui. Observons les Grecs du temps de Pericles, les Romains du temps de Ciceron; ils portent en eux les marques authentiques et les vestiges certains des siecles les plus recules. Le contemporain de Ciceron (je parle surtout de l'homme du peuple) a l'imagination pleine de legendes; ces legendes lui viennent d'un temps tres-antique et elles portent temoignage de la maniere de penser de ce temps-la. Le contemporain de Ciceron se sert d'une langue dont les radicaux sont infiniment anciens; cette langue, en exprimant les pensees des vieux ages, s'est modelee sur elles, et elle en a garde l'empreinte qu'elle transmet de siecle en siecle. Le sens intime d'un radical peut quelquefois reveler une ancienne opinion ou un ancien usage; les idees se sont transformees et les souvenirs se sont evanouis; mais les mots sont restes, immuables temoins de croyances qui ont disparu. Le contemporain de Ciceron pratique des rites dans les sacrifices, dans les funerailles, dans la ceremonie du mariage; ces rites sont plus vieux que lui, et ce qui le prouve, c'est qu'ils ne repondent plus aux croyances qu'il a. Mais qu'on regarde de pres les rites qu'il observe ou les formules qu'il recite, et on y trouvera la marque de ce que les hommes croyaient quinze ou vingt siecles avant lui. LIVRE PREMIER. ANTIQUES CROYANCES. CHAPITRE PREMIER. CROYANCES SUR L'AME ET SUR LA MORT. Jusqu'aux derniers temps de l'histoire de la Grece et de Rome, on voit persister chez le vulgaire un ensemble de pensees et d'usages qui dataient assurement d'une epoque tres-eloignee et par lesquels nous pouvons apprendre quelles opinions l'homme se fit d'abord sur sa propre nature, sur son ame, sur le mystere de la mort. Si haut qu'on remonte dans l'histoire de la race indo-europeenne, dont les populations grecques et italiennes sont des branches, on ne voit pas que cette race ait jamais pense qu'apres cette courte vie tout fut fini pour l'homme. Les plus anciennes generations, bien avant qu'il y eut des philosophes, ont cru a une seconde existence apres celle-ci. Elles ont envisage la mort, non comme une dissolution de l'etre, mais comme un simple changement de vie. Mais en quel lieu et de quelle maniere se passait cette seconde existence? Croyait-on que l'esprit immortel, une fois echappe d'un corps, allait en animer un autre? Non; la croyance a la metempsycose n'a jamais pu s'enraciner dans les esprits des populations greco-italiennes; elle n'est pas non plus la plus ancienne opinion des Aryas de l'Orient, puisque les hymnes des Vedas sont en opposition avec elle. Croyait-on que l'esprit montait vers le ciel, vers la region de la lumiere? Pas davantage; la pensee que les ames entraient dans une demeure celeste, est d'une epoque relativement assez recente en Occident, puisqu'on la voit exprimee pour la premiere fois par le poete Phocylide; le sejour celeste ne fut jamais regarde que comme la recompense de quelques grands hommes et des bienfaiteurs de l'humanite. D'apres les plus vieilles croyances des Italiens et des Grecs, ce n'etait pas dans un monde etranger a celui-ci que l'ame allait passer sa seconde existence; elle restait tout pres des hommes et continuait a vivre sous la terre. [1] On a meme cru pendant fort longtemps que dans cette seconde existence l'ame restait associee au corps. Nee avec lui, la mort ne l'en separait <<< END OF SAMPLE... (THE FULL EBOOK HAS 947534 TOTAL CHARACTERS) >>>